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La Tante Arie

Dans le pays de Montbéliard, la Tante Arie est aussi connue que le Père-Noël et St Nicolas. Elle est à l’origine de nombreuses légendes. Voici celle d’Émile Raguin, autodidacte, agriculteur-éleveur, poète authentique avec qui j’ai passé des soirées contes et légendes inoubliables tant il savait conter son pays.

« On dit qu’au sommet du Lomont habite une fée qu’on appelle la Tante Arie. Elle se déguise en vieille femme, surprend les gens dans la campagne et leur demande la charité. Heureux celui qui la rencontre avec son coeur ouvert, et lui donne quelque chose, car la bonne Dame le lui rend centuple sans se faire connaître.

Au pied de la montagne, au village de Glainans, un bûcheron fut autrefois écrasé par un arbre qu’il abattait. Il laissait une veuve et des enfants, dont l’aîné François ne demandait qu’à travailler pour gagner un peu d’argent afin d’aider sa mère.

On était au début de juillet, et les hommes du pays se consultaient pour partir ensemble se louer à la foire aux moissonneurs. Elle avait lieu à Montbozon chaque année, le deuxième lundi du mois. Ce jour-là, pour se faire engager comme faucheur, il suffisait d’être présent dans la matinée sous les halles du bourg, un épi de blé passé dans la boutonnière de la blouse. On regardait les candidats, on les faisait parler, on discutait d’un prix par journée de travail. Les hommes trapus, larges des reins, étaient embauchés les premiers, car c’étaient les meilleurs faucheurs. On regardait ceux qui avaient de bonnes dents, on était sûrs qu’ils dormaient bien, se reposaient bien. Les hommes qui étaient trop grands se fatiguaient plus vite, étaient moins résistants. C’est ainsi que, chaque année, des gens  des Vosges, du Lomont  et du Varais descendaient dans la vallée, et quand la moisson était terminée dans le Pays Bas, ils remontaient chez eux avec un peu d’argent.

François, qui n’avait que douze ans, avait fait part aux moissonneurs de son désir d’aller avec eux, mais les hommes de Glainans pensèrent qu’il était trop jeune, et partir vers minuit, sans le dire à l’adolescent qui dormait. Lorsque celui-ci se réveilla, il décida de partir quand même, tout seul. Il savait qu’il fallait huit à neuf heures de marche pour se rendre à Montbozon, et, comme la ligne droite est le plus court chemin, il gravit l’Armont pour arriver au bord du Doubs au gué de Santoche. Il avait traversé la montagne et descendait vers le fleuve, lorsqu’il rencontra une vieille femme. Elle était chargée d’un fagot de bois mort, et lui demanda s’il voulait bien l’aider à porter son fardeau jusqu’à sa cabane, qui se trouvait sur le sommet de l’Armont. François accepta, et refit en sens inverse, une partie du chemin qu’il avait déjà parcouru.

Lorsqu’ils furent arrivés, la vieille lui dit merci, et lui donna, en récompense, un petit gravier brun, poli, ressemblant à une fève, comme on en trouve sur les flancs de la montagne sans que personne ne puisse expliquer pourquoi.

– Garde-le bien, lui dit-elle, tu le mettras dans ta bouche quand tu seras fatigué, et tu retrouveras tes forces. Bon voyage et bonne chance, petit, mais descends donc par les vignes de Clerval, où tu trouveras le pont pour prendre le chemin de Rougemont. François était bien en retard, et lorsqu’il arriva sous les halles de Montbozon, il était midi, la foire était finie. Il n’y avait plus qu’un vieil homme que personne n’avait engagé, et qui attendait encore tristement. Tous deux étaient bien déçus, lorsqu’une calèche arriva. Une dame en descendit: c’était la Marquise de Sorans qui, ayant eu des ennuis avec son attelage, se trouvait en retard, elle aussi. Ayant parlé avec les deux candidats, et n’ayant pas le choix, elle les emmena sans convenir du prix, en disant qu’elle les paierait selon leur travail. Lorsqu’ils arrivèrent à la maison forte de Sorans, on donna pour chacun une faux, une pierre à aiguiser, une petite enclume portative, un marteau pour « rebattre », et un grand bol de soupe. Ils dormirent sur le foin, dans la grange. Le lendemain, le régisseur les conduisit dans un champ retiré. Ils y peinèrent jusqu’à la nuit. Lorsque François, fatigué, sentit ses reins se raidir, il se souvint du petit gravier brun que la vieille dame de l’Armont lui avait donné, et qui était encore dans sa poche. Il le mit dans sa bouche, et sa fatigue disparut. C’est ainsi qu’il travailla pendant plus d’une semaine. La moisson terminée, on lui donna un salaire, et une miche de pain pour le voyage du retour.

Lorsqu’il rentra chez lui, il donna son argent à sa mère et lui conta son voyage. Le soir, avant d’aller dormir, il regarda encore une fois le petit gravier brun et, pensant que c’était une vraie fève, il le planta vers l’entrée du jardin. Le lendemain matin, ce fut une surprise pour tous les gens de la maison, une fève plus haute qu’un sapin avait poussé pendant la nuit ; elle portait de nombreuses gousses pleines de graines et c’est alors que François comprit que la vieille femme de l’Armont n’était autre que la Tante Arie.

Ils récoltèrent des fèves et firent une abondante réserve pour l’hiver. C’est depuis ce temps-là que, dans les villages d’alentour, de Saint-Georges à Glainans, on garde encore dans les tiroirs des meubles quelques petits graviers de l’Armont. Ils sont plats, bruns, polis, comme des fèves, et sont censés porter bonheur à la maison. »

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3 Réponses

  1. Quelle belle légende! on fait revivre le souvenir de la tante Arie lors du marché de Noël de Montbéliard…J’en parlais ici…
    http://voyageusecomtoise.wordpress.com/2009/12/25/3/

    13 août 2010 à 14 h 06 min

    • On a un chant que l’on apprend chaque année à l’école pour le goûter de Noël sur la Tante Arie. Peut-être le connais-tu? Ecoute, je le chante ;-)

      13 août 2010 à 17 h 59 min

      • Vêtue comme une paysanne
        Coiffée de son beau diairi,
        elle traverse la campagne
        sur son petit âne gris.

        Connaissez vous tante Arie
        etc…. ;-)

        14 août 2010 à 1 h 24 min

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